France

Rachel dénonce l’agression sexuelle qu’elle a subie de la part de l’Abbé Pierre à l’âge de huit ans

Hamza Chouraqui

Pendant plus de cinquante ans, Rachel Le Nan a gardé son secret, convaincue d’être seule victime. En 1974, à seulement huit ans, elle a subi des agressions de la part de l’Abbé Pierre, fondateur d’Emmaüs, alors qu’elle était en visite en région parisienne. Ce n’est qu’en juillet 2024, en entendant un appel à témoins à la radio, qu’elle a réalisé ne pas être l’unique survivante de cet homme adulé par la société française.

Rachel a vécu une enfance marquée par la fragilité parentale. Son père luttait contre l’alcoolisme tandis que sa mère souffrait de dépression chronique. Un ami de la famille, nommé René, qui deviendrait son beau-père et tuteur légal, l’a menée à cette rencontre déterminante. René avait été prêtre avant d’être condamné pour agression sexuelle. L’Abbé Pierre l’accueillit sous son aile et lui offrit un refuge à Emmaüs.

Lors de cette visite fatidique au printemps 1974, Rachel se retrouva seule avec l’Abbé Pierre dans son bureau. Elle décrit un homme aux gestes violents qui l’obligea à s’asseoir sur ses genoux. L’agression laissa des traces sensorielles indélébiles chez l’enfant. Cinquante ans plus tard, elle ressent encore physiquement les conséquences de ces instants horribles, incapable d’oublier les odeurs et les sensations de cette rencontre cauchemardesque.

Rachel tenta deux fois de briser le silence que René lui avait imposé. À onze ans, elle se confia à la psychologue de son pensionnat, mais reçut une gifle de la directrice pour avoir accusé une personne influente. Un an après, elle révéla tout à sa mère, qui s’enleva la vie le lendemain. Le silence devint alors absolu pendant quarante-sept années. Aucune autre confession ne franchit ses lèvres jusqu’aux révélations publiques.

Entre janvier et juillet 2025, douze victimes mineures se présentèrent devant la ligne d’écoute officielle. Rachel, devenue mère de trois enfants, éprouva un soulagement ambivalent. Elle put enfin entendre les mots salvateurs : « on vous croit ». Son enquête personnelle révéla que René avait antérieurement agressé trois petites filles âgées de cinq à huit ans avant de rencontrer la mère de Rachel. L’Abbé Pierre avait écrit une lettre en 1976 mentionnant le désir de René d’épouser une femme malheureuse mère d’une fillette de douze ans, sans jamais mentionner le passé criminel de cet homme.

L’écriture de son livre Et pourtant, tout le monde savait, publié le 2 janvier, s’avéra thérapeutique mais épuisante pour Rachel. Les nuits sans sommeil, les crises d’angoisse et l’amaigrissement marquèrent ce processus difficile. Révéler publiquement son identité transforma profondément sa vie familiale. Son frère ne put lire que quarante-deux pages du manuscrit accablant. Elle espère désormais que son témoignage encouragera d’autres victimes à sortir de l’ombre et à dénoncent les abus trop longtemps tolérés.

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