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Les gérants du bar confient aux enquêteurs leurs témoignages poignants suite à l’incendie de Crans-Montana

Rob Laurens

Dans les heures suivant l’incendie et l’explosion qui ont causé 40 décès et 116 blessés à Crans-Montana, les autorités suisses ont interrogé séparément les deux propriétaires du bar Le Constellation, Jacques et Jessica Moretti. Leurs témoignages respectifs aux enquêteurs révèlent les détails de cette tragédie qui s’est déroulée dans leur établissement.

Jessica Moretti a présenté publiquement ses excuses lors d’une cérémonie d’hommage, exprimant ses condoléances aux victimes et à leurs familles. Son mari Jacques a été placé en détention par les autorités judiciaires, tandis que Jessica s’adressait aux médias en larmes. Le drame s’est produit dans leur établissement, et tous deux en ressentent l’impact profond.

Le soir du 1er janvier, la soirée semblait moins animée que les précédentes selon Jessica Moretti. Elle est arrivée à 22h30 tandis que son mari gérait un autre établissement appelé Senso. À minuit, très peu de clients étaient présents, mais progressivement des groupes se sont présentés, portant le nombre de personnes à environ cent. Jessica a même remarqué qu’elle encourageait le personnel à attirer davantage de clientèle pour créer de l’ambiance.

Le moment critique survient lorsque des serveuses, le visage couvert, portées sur les épaules d’autres serveurs, amènent des bouteilles équipées de feux de Bengale aux tables. Jessica décrit avoir senti soudainement une agitation dans la foule et aperçu une lumière orange près du comptoir. Elle a immédiatement crié d’évacuer et alerté les pompiers à 1h28. Son appel à Jacques dura seulement onze secondes pour l’informer de l’incendie.

À son arrivée sur les lieux, Jacques raconte être entré par la terrasse où toutes les portes-fenêtres étaient ouvertes. Confronté à une fumée trop dense, il a contourné le bâtiment avec deux autres personnes pour accéder à une porte de service habituellement non verrouillée. Ils ont forcé cette porte et découvert plusieurs personnes inconscientes. Parmi elles se trouvait Cyane Panine, une serveuse de vingt-quatre ans dont Jacques s’était occupé comme d’un enfant. Jacques et son compagnon ont réalisé des tentatives de réanimation prolongées sans succès.

Plus d’une heure après le début du sinistre, avec les pompiers mobilisés et le nombre de victimes croissant, Jacques a ordonné à Jessica, légèrement blessée au bras, de rentrer chez eux pour s’occuper de leurs enfants. Il souhaitait la protéger de cette tragédie en cours. Jessica a obéi, décrivant son état d’effondrement pendant le trajet, tandis que Jacques restait sur place toute la nuit.

Face aux enquêteurs, le couple a déclaré avoir rénové le bar de fond en comble depuis son acquisition en 2015, d’une capacité maximale de trois cents personnes. Les services d’incendie ont effectué deux ou trois inspections en dix ans sans exiger de modifications. Aucun système d’arrosage automatique ne protégeait l’établissement. Le couple a aussi confirmé que le personnel n’avait reçu aucune formation spécifique à la gestion d’urgence incendie.

Concernant l’utilisation des feux de Bengale, les propriétaires ont expliqué que cette pratique était habituelle lors des anniversaires, les flammes durant entre trente et quarante secondes durant le trajet vers les tables. Jessica a assuré qu’ils récupéraient immédiatement les scintillants pour les éteindre dans l’eau. Quant à porter les porteurs sur les épaules, Jessica a reconnu que ce n’était pas habituel mais n’était jamais interdit.

Les investigations ont révélé une incohérence : le couple affirmait respecter une limite minimale de seize ans pour les clients, avec accompagnement adulte jusqu’à dix-huit ans. Cependant, de nombreux mineurs étaient présents le soir du drame, notamment des enfants de moins de seize ans, et certains adolescents ont péri dans l’incendie. Jacques a reconnu l’impossibilité de contrôler totalement les fausses pièces d’identité.

Jacques Moretti a conclu son témoignage en se déclarant dévasta et responsable de ne pas avoir protégé toutes les victimes. Jessica a ajouté que c’était le drame de sa vie et qu’elle ignorait comment elle parviendrait à continuer. Depuis, les deux propriétaires ont été mis en examen pour homicide par négligence, incendie par négligence et lésions corporelles par négligence. Les enquêtes demeurent en cours.

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