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Groenland : la défense se renforce face aux ambitions de Donald Trump, l’OTAN affiche son soutien au territoire

Annabelle Chesnu

L’OTAN et le gouvernement groenlandais ont annoncé lundi leur intention de renforcer les dispositifs défensifs du territoire autonome danois. Cette décision intervient en réaction directe aux ambitions affichées par le président américain Donald Trump concernant une possible annexion de l’île arctique par les États-Unis.

Donald Trump a intensifié ses déclarations provocatrices dimanche en affirmant que Washington prendrait le Groenland « d’une manière ou d’une autre ». Il a également ridiculisé les capacités militaires locales, les réduisant à « deux traîneaux à chiens », minimisant ainsi la présence défensive de ce territoire stratégique.

Face à cette menace d’occupation forcée, le premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen a réaffirmé que la sécurité relève exclusivement de l’OTAN. Il a précisé que son gouvernement coordonnerait tous les développements défensifs en collaboration étroite avec l’alliance militaire, le Danemark et les partenaires alliés, y compris Washington.

Le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a confirmé que l’alliance étudie les prochaines étapes pour sécuriser l’Arctique. Selon les diplomates, certains membres envisagent le lancement d’une nouvelle mission régionale, bien que les discussions demeurent au stade préliminaire sans propositions concrètes actuellement soumises.

Le Danemark intensifie ses efforts sécuritaires en investissant massivement. Copenhague a alloué environ 90 milliards de couronnes danoises, soit 11 milliards d’euros en 2025, pour améliorer la défense régionale. Le Groenland, peuplé de 57 000 habitants environ, représente un vaste territoire riche en ressources minérales largement inexploitées et bénéficie d’une position géostratégique exceptionnelle.

Historiquement, depuis la Seconde Guerre mondiale et la période froide, plusieurs bases militaires américaines ont opéré sur l’île, dont une seule subsiste actuellement. Mark Rutte a indiqué que le Danemark accepterait un renforcement américain sur le territoire. Un traité datant de 1951 et actualisé en 2004 permettrait aux États-Unis de notifier simplement le Danemark avant d’augmenter leur présence militaire.

Sur le plan diplomatique, le Danemark mobilise ses ressources. Une rencontre entre représentants danois et groenlandais avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio est prévue mercredi à Washington. Cette réunion symbolise la volonté de Copenhague de présenter une stratégie unifiée avant les négociations avec Washington.

Le ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen a rencontré son homologue groenlandaise Vivian Møtzfeldt, consolidant cette unité face aux pressions externes. Ces concertations reflètent les tensions survenues précédemment entre législateurs danois et groenlandais concernant l’approche à adopter vis-à-vis de Washington.

Le premier ministre Nielsen a reconnu publiquement l’inquiétude ambiante. Le gouvernement de Nuuk a déclaré formellement ne pouvoir accepter aucune circonstance d’annexion américaine. Ancienne colonie danoise jusqu’en 1953, le Groenland a accédé à l’autonomie en 1979 et envisage actuellement d’affaiblir ses liens avec le Danemark.

Les sondages démontrent une opposition populaire ferme à toute prise de contrôle américaine. La population rejette catégoriquement le statut colonial. Un pêcheur groenlandais a déclaré à l’AFP : « Nous avons subi le colonialisme pendant tant d’années. Nous ne sommes pas disposés à accepter une nouvelle colonisation. »

Une délégation bipartisane du Congrès américain doit se rendre à Copenhague cette semaine pour démontrer l’unité transatlantique. Le sénateur Chris Coons mènera au minimum neuf membres du Congrès lors d’une visite vendredi et samedi, cherchant à renforcer les liens entre Washington et le Danemark face aux tensions actuelles.

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