SantéSciences

Les psychédéliques provoquent une dissolution du soi liée à un état sous-critique du cerveau humain

Annabelle Chesnu

Les substances psychédéliques provoquent des expériences remarquables où les individus rapportent une fusion complète avec leur environnement, perdant leur sentiment habituel d’identité personnelle. Ces récits décrivent une dissolution profonde du moi, accompagnée d’une sensation de paix et d’appartenance à quelque chose de plus grand. Les neuroscientifiques s’intéressent vivement à ce phénomène car il révèle comment le cerveau construit et maintient notre sens de l’identité.

Une équipe de recherche londonienne a mené une étude novatrice auprès de vingt-sept participants qui ont consommé de la DMT, un composé psychoactif issu d’une préparation traditionnelle sud-américaine. Durant l’expérience, leur activité cérébrale a été enregistrée par électroencéphalographie. Les participants ont ensuite évalué l’intensité de leur expérience de dissolution du moi en répondant à des affirmations spécifiques.

Les résultats montrent que la DMT modifie l’activité cérébrale vers un état dit “sous-critique” caractérisé par une plus grande désorganisation neuronale. Dans cet état particulier, l’activité cérébrale devient chaotique et moins prévisible. Plus cette transition vers le chaos augmente dans certaines bandes de fréquence, notamment les fréquences alpha, plus l’expérience de dissolution du soi s’intensifie. Normalement, la continuité de notre identité dépend de la corrélation entre les états cérébraux successifs.

Ce mécanisme pourrait expliquer d’autres altérations du soi observées lors de méditation profonde ou sous anesthésie. Cependant, les psychédéliques créent des expériences bien plus intenses et complexes, incluant des hallucinations vives et des émotions extraordinaires, possiblement dues à des états “surcritiques” dans d’autres bandes de fréquence non examinées lors de cette recherche.

Au-delà de la compréhension théorique de la conscience, ces découvertes ouvrent des perspectives thérapeutiques importantes. Les psychédéliques font l’objet d’études cliniques pour traiter la dépression, l’anxiété et les dépendances. La dissolution du soi semble jouer un rôle significatif dans leurs effets bénéfiques pour ces conditions pathologiques.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer