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Prison de Nîmes : pourquoi Gérald Darmanin a-t-il finalement reporté sa visite ?

Hamza Chouraqui

La visite du ministre de la Justice à la maison d’arrêt de Nîmes, prévue pour inaugurer une extension de l’établissement, a finalement été reportée. Ce changement de programme intervient après la découverte inattendue d’une table de massage dans une salle de la prison, information confirmée par l’entourage du ministre.

Initialement, le déplacement du Garde des Sceaux devait inclure une étape au palais de justice de Nîmes, suivie par l’inauguration des nouveaux locaux de la maison d’arrêt. Les travaux lancés en 2021 visaient à ajouter 150 places à un établissement déjà connu pour sa surpopulation, avec 497 détenus pour seulement 200 places recensées début juillet.

La présence de la table de massage a conduit le ministre à demander que celle-ci soit retirée de la zone de détention et réservée à l’usage du personnel pénitentiaire. L’entourage ministériel précise que cette mesure vise à éviter toute interprétation inappropriée de l’utilisation de telles installations au sein de la prison.

Sur le réseau social X, Gérald Darmanin a déclaré : « Les prisons sont des lieux où l’on doit aussi respecter les victimes. Le sens de la peine, dans la dignité des personnes, c’est donner une chance à la réinsertion bien sûr, mais en rappelant que la privation de liberté décidée par un juge indépendant doit être effectuée sans provocation vis-à-vis de la société, vis-à-vis des victimes. Je vais faire appliquer ce bon sens partout ».

Du côté des syndicats, l’UFAP-UNSA, par la voix de Mathilde Carrillo, partage l’avis du ministre quant à l’utilisation de la table de massage : « si la table de massage est destinée aux personnes détenues, on est contre, c’est évident ». Toutefois, la responsable syndicale juge disproportionnée l’annulation de la visite, estimant que la situation aurait pu être réglée rapidement sur simple demande.

Ce report intervient dans un contexte déjà tendu autour des activités en prison. Récemment, l’annulation d’un séjour de surf thérapeutique à Saint-Malo pour des détenus et la polémique suscitée par des soins du visage prodigués à Toulouse-Seysses ont conduit le ministère à restreindre les activités jugées récréatives en détention, à l’exception de celles liées à l’éducation, au français ou au sport.

Le débat sur les limites des activités en prison a aussi trouvé un écho au Conseil d’État. Saisi par plusieurs associations et syndicats, celui-ci a rappelé en mai que, si le ministre pouvait encadrer les activités en détention, il ne pouvait pas interdire systématiquement celles qui ont un caractère ludique, tant qu’elles restent conformes au code pénitentiaire.

Pour ce qui est des activités qualifiées de provocantes, la plus haute juridiction administrative a précisé que seules pourraient être interdites celles « qui sont, en raison de leur objet, du choix des participants ou de leurs modalités pratiques, de nature à porter atteinte au respect dû aux victimes ».

Cette succession d’événements met en lumière la délicate question de l’équilibre entre la réinsertion des détenus et la nécessité de préserver le sens de la peine, dans un contexte marqué par la surpopulation et la surveillance accrue des pratiques en prison.

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