
Le chef de l’Armée de libération nationale affirme que son organisation participera à une mobilisation commune des groupes insurgés si celle-ci vise à contrer les opérations militaires américaines en Colombie. L’ELN se dit prêt à unir les guérillas contre l’intervention des États-Unis. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Bogotá et Washington, alimentées par les menaces de frappes aériennes répétées du gouvernement américain.
Le commandant Ivan Mordisco, qui dirige la faction dissidente majeure de l’ancienne organisation des FARC, a lancé récemment un appel à la convocation d’un sommet des leaders guérilleros. Cette initiative s’inscrit dans les bouleversements régionaux survenus après l’arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro par des forces militaires américaines en début janvier. La capture de Maduro a déstabilisé les alliances régionales des groupes armés. L’ELN entretenait des relations substantielles avec le gouvernement vénézuélien avant cet événement majeur.
La région frontalière séparant la Colombie et le Venezuela, longue de plus de deux mille kilomètres, demeure un territoire d’affrontement entre plusieurs organisations criminelles. Ces groupes rivalisent pour le contrôle des activités lucratifs incluant le trafic de stupéfiants, l’exploitation minière clandestine et les réseaux de contrebande. Les déclarations du gouvernement américain, notamment celles du président Trump en décembre, mentionnaient explicitement que les nations producteurs de cocaïne pourraient subir des attaques. La Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, se trouve directement visée par ces avertissements.
Les deux principales organisations armées dénoncent conjointement un supposé projet américain visant à saisir les richesses naturelles colombiennes. Ensemble, l’ELN et le groupe Mordisco rassemblent approximativement neuf mille quatre cents combattants selon les évaluations militaires récentes. Ces deux organisations représentent une force significative dans le conflit colombien. Leur volonté affichée de coopération reflète la perception d’une menace commune intensifiée par les changements politiques vénézuéliens.
Les relations entre le président colombien Gustavo Petro et son homologue américain évoluent vers une désescalade après des mois de confrontation verbale. Un premier appel téléphonique entre les deux dirigeants s’est déroulé il y a une semaine, pendant lequel ils ont convenu de coordonner des actions militaires contre l’ELN. Une rencontre en personne est programmée pour février aux États-Unis, où seront abordées les stratégies conjointes de lutte contre le narcotrafic.
Les opérations militaires américaines en Colombie se sont intensifiées progressivement. Des bombardements maritimes dans les Caraïbes et le Pacifique, commencés en septembre, ont causé plus de cent décès. Ces actions constituent une escalade dans la campagne anti-narcotrafic américaine, préfigurant potentiellement des interventions terrestres plus directes. Les frappes aériennes représentent une première phase d’une offensive plus vaste.
Le ministre colombien de la défense a observé que la proposition d’alliance guérillera reflète la conscience des commandants insurgés face à l’accroissement des menaces mortelles. Les agences de renseignement colombiennes soupçonnent que le chef de l’ELN se trouve au Venezuela, territoire utilisé comme refuge par plusieurs organisations armées. Des sources militaires colombiennes rapportent que certains commandants guérilleros auraient quitté le Venezuela après la chute du gouvernement Maduro pour réintégrer le territoire colombien.
Le processus de négociation initié par le président Petro avec l’ELN depuis 2022 n’a abouti à aucun accord concret. Les discussions ont définitivement échoué en janvier 2025 suite à une attaque menée par l’ELN contre une faction dissidente des anciennes FARC dans la région du Catatumbo, qui a provoqué plus de cent victimes. Cette région, située à proximité du Venezuela, demeure un foyer constant d’instabilité.



