
Depuis le départ effectif du Royaume-Uni de l’Union européenne en janvier 2020, les responsables politiques britanniques ont systématiquement évité de relancer le débat sur le Brexit. Les électeurs, fatigués par les divisions du référendum de 2016 et les négociations qui ont suivi, souhaitaient tourner la page. Keir Starmer, leader du Labour davantage pro-européen, abordait rarement ce sujet, craignant de perdre le soutien des brexiters des milieux populaires. Cette stratégie lui a permis de remporter les élections législatives de 2024.
Les conservateurs ont également préféré le silence, incapables de valoriser le Brexit après les mandats désastreux de Boris Johnson et Liz Truss. Nigel Farage, figure de proue du mouvement pour la sortie, a lui-même détourné son attention, ciblant désormais l’immigration plutôt que l’Union européenne comme adversaire principal.
Bien qu’une catastrophe économique immédiate n’ait pas eu lieu, les prévisions de 2020 restent pertinentes. Les analyses anticipaient une réduction de 15 % des échanges et une perte de productivité de 4 %. Malgré la capacité nouvelle du Royaume-Uni à conclure des accords commerciaux indépendants et un succès relatif avec les États-Unis sur les taxes d’exportation, les gains commerciaux restent modestes et limités.
Les sondages indiquent une évolution majeure : le Brexit est devenu profondément impopulaire. En 2025, 56 % des Britanniques regrettaient le départ de l’Union, et 62 % le considéraient comme un échec. Face à cette opinion publique changeante, Keir Starmer a modifié sa position à l’automne 2025, enfin disposé à contester ouvertement les promesses fallacieuses des partisans du Brexit concernant les allocations au système de santé et les migrations.
Le gouvernement actuel limite son rapprochement européen à un simple alignement réglementaire, mais accepte désormais de critiquer les affirmations trompeuses du passé. Cette reconnaissance des mensonges du référendum marque un tournant politique après des années de prudence excessive et de silence stratégique sur une question devenue centrale dans le débat public britannique.



