France

L’armée ougandaise nie l’arrestation du candidat de l’opposition après le scrutin présidentiel

Annabelle Chesnu

Le parti d’opposition ougandais dénonce un enlèvement présumé de son candidat Bobi Wine, le jour suivant les élections présidentielles marquées par des affrontements meurtriers. Selon la Plateforme de l’unité nationale (NUP), un hélicoptère militaire aurait enlevé le chef de l’opposition de sa résidence vendredi 16 janvier vers une destination non identifiée. Les gardes du corps auraient subi des violences durant l’incident.

L’armée ougandaise a catégoriquement rejeté ces accusations samedi matin. Le porte-parole militaire Chris Magezi a qualifié les rumeurs d’arrestation de totalement infondées. Cette dénégation intervient dans un contexte de tensions électorales aigues et de violence généralisée.

Les scrutins présidentiels et législatifs de jeudi ont connu une violence importante. Au moins dix personnes ont péri selon les sources d’opposition, bien que les chiffres varient selon les sources officielles et les rapports de terrain. Yoweri Museveni, ancien chef de guérilla âgé de 81 ans, brigue un septième mandat consécutif en disposant d’un contrôle complet des institutions électorales et sécuritaires.

Avec 81 % des bureaux dépouillés, Museveni recueille 73,7 % des voix contre 22,7 % pour Bobi Wine, alias Robert Kyagulanyi Ssentamu, selon la commission électorale. Les résultats définitifs doivent être annoncés dans les quarante-huit heures. Wine, musicien reggae devenu figure de l’opposition, s’était vu imposer une assignation à résidence selon son parti.

Wine a passé les dernières années à consolider son statut de principal concurrent politique du régime Museveni depuis quarante ans au pouvoir. Âgé de 43 ans, il arbore l’identité du « président du ghetto » en référence aux quartiers populaires de Kampala. En 2021, il avait connu emprisonnement et torture durant les précédentes élections.

Avant le scrutin, Wine avait dénoncé sur les réseaux son enfermement sécuritaire. La police a assuré simplement assurer sa protection, démentant toute détention forcée. Des journalistes sur place ont observé la présence discrète de véhicules et policiers devant son domicile. Internet demeurait coupé depuis avant les élections.

Un député NUP, Muwanga Kivumbi, a rapporté aux agences que des militants auraient été tués à l’intérieur de sa maison vendredi matin. « Dix personnes assassinées chez moi », a-t-il déclaré d’une voix affaiblie. Il affirme que l’armée aurait ensuite retiré les cadavres, ne laissant qu’une traînée de sang.

Les récits divergent radicalement entre opposition et autorités. Les responsables sécuritaires affirment que sept personnes auraient été tuées pour avoir attaqué les urnes à Butambala. Ils mentionnent l’arrestation de 25 militants accusés de plans criminels contre les centres de dépouillement. Un nombre indéterminé aurait été neutralisé selon les déclarations officielles.

L’épouse de Kivumbi, professeure de droit, décrit des centaines de manifestants rassemblés contre les manipulations électorales avant l’intervention militaire. Lors de la dispersion, les soldats auraient tiré dans le garage, tuant dix jeunes militants venus assister la campagne.

L’ONU a pointé un climat général « caractérisé par répressions systématiques et intimidations massives ». Amnesty International rapporte plus de 400 arrestations de partisans Wine durant sa campagne. Wine porte habituellement un gilet pare-balles et accuse le gouvernement de « trucage massif des urnes », appelant à des manifestations en cas de fraude confirmée.

Kizza Besigye, second leader de l’opposition ayant défié quatre fois Museveni, reste en détention depuis son enlèvement au Kenya en 2024, accusé de trahison après son retour forcé en Ouganda.

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