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La crise humanitaire en Libye s’aggrave à mesure que l’aide internationale destinée aux réfugiés soudanais diminue considérablement

Baptiste Lacomme

Chaque matin, Mohamed Fadil, un père de famille soudanais âgé de 32 ans, se rend au marché du travail improvisé à Koufra, ville-oasis du sud libyen. Il espère obtenir un emploi journalier pour nourrir sa femme et ses six enfants. Les revenus restent maigres, oscillant entre 1,60 et 16 euros par jour, dans la construction ou l’agriculture. La concurrence féroce entre réfugiés rend désormais l’accès au travail plus difficile et les salaires ont baissé considérablement.

Le conflit soudanais, qui oppose depuis avril 2023 les forces armées du général Abdelrahman Al-Bourhane aux paramilitaires des Forces de soutien rapide, génère la pire crise humanitaire mondiale selon l’ONU. Cette lutte de pouvoir a provoqué environ 14 millions de déplacés, dont un tiers a franchi les frontières nationales. Plusieurs régions connaissent la famine. La Libye accueille entre 350 000 et un million de ces réfugiés fuyant les combats.

À Koufra, la population a doublé en raison de cet afflux massif. Pourtant, les ressources humanitaires sont extrêmement limitées. Aucune distribution alimentaire, aucun abri, aucun soutien apparent ne sont visibles. Les organisations non gouvernementales offrent une maigre assistance qui risque de disparaître complètement en raison de la réduction drastique des financements internationaux.

Donald Trump, revenu à la présidence américaine en janvier 2024, a supprimé des milliards de dollars destinés à l’aide mondiale. Cette décision affecte gravement le secteur humanitaire. D’autres bailleurs de fonds, notamment l’Union européenne et les agences des Nations unies, ont également révisé leurs priorités globales. Les conséquences sont dévastatrices pour les réfugiés des pays frontaliers.

International Medical Corps et l’organisation française Première urgence internationale gèrent le centre médical Al-Azil depuis octobre 2024. Les maladies courantes incluent infections, diarrhée, affections cutanées. Les équipes fournissent aussi un soutien psychologique crucial, car nombreux réfugiés ont vécu des traumatismes extrêmes. Cependant, International Medical Corps ignore si elle peut poursuivre ses activités au-delà d’avril faute de ressources.

L’organisation française cessera ses opérations à Koufra fin janvier. Le centre médical risque de se détériorer sans gestion appropriée. Les autorités locales semblent incapables d’assurer la continuité des services, tandis que la région souffre déjà d’une pénurie chronique de personnel médical qualifié. L’accès aux soins pour réfugiés soudanais s’effondre progressivement.

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