
Le président élu d’extrême droite du Chili, José Antonio Kast, a révélé mardi l’identité de deux anciens défenseurs juridiques du dictateur Augusto Pinochet appelés à diriger des ministères sensibles. Fernando Barros prendra la Défense, Fernando Rabat la Justice et les Droits humains. Ces nominations interviennent avant l’investiture du 11 mars.
Kast a présenté son équipe gouvernementale comme constituée de 24 ministres principalement indépendants. Il a insisté sur la priorité accordée au Chili face à une situation d’urgence nationale. Cette composition reflète son choix de privilégier l’expérience économique et technique sur les liens partisans, malgré les promesses d’unité gouvernementale initiales.
Barros, 68 ans, avait autrefois assuré la défense de Pinochet lors de son arrestation à Londres en 1998. Rabat, 53 ans, l’avait représenté dans une affaire financière. Le régime autoritaire de Pinochet, qui gouverna entre 1973 et 1990, demeure responsable de plus de 3 000 décès ou disparitions. Le dictateur décéda en 2006 sans jamais avoir été condamné.
Les organisations de victimes ont vigoureusement dénoncé ces nominations. Alicia Lira, présidente de l’Association des familles de personnes exécutées pour raisons politiques, qualifie l’attribution du portefeuille des Droits humains à Rabat de « manque de respect envers les victimes de la dictature ». Ces critiques révèlent les tensions persistantes autour de l’héritage autoritaire chilien.
À l’Agriculture, Jaime Campos provient du gouvernement socialiste de Michelle Bachelet, tout comme Ximena Rincón aux Énergies. Francisco Pérez Mackenna, nommé aux Affaires étrangères, dirigeait un conglomérat économique majeur. Jorge Quiroz, ministre des Finances, jouit d’une solide réputation dans les cercles commerciaux et s’engage à déréglementer l’économie.
Le politologue Rodrigo Arellano estime que cette composition gouvernementale représente un pari risqué. L’absence d’expérience politique généralisée, compensée par l’indépendance affichée, constitue une approche novatrice et potentiellement instable pour la gestion ministérielle.
Kast a remporté l’élection présidentielle avec 58 pour cent des voix en novembre, profitant du mécontentement face à la criminalité et l’immigration. Il deviendra le premier chef d’État d’extrême droite depuis la fin du régime autoritaire. Cette victoire s’inscrit dans un mouvement plus large de basculement politique vers la droite en Amérique latine.



