
En Turquie, le journaliste français Raphaël Boukandoura a retrouvé sa liberté mercredi soir, deux jours après son interpellation à Istanbul. Il avait été arrêté lundi lors d’une manifestation prokurde organisée par le parti DEM, qui protestait contre l’offensive militaire syrienne contre les forces kurdes du nord-est syrien. Le journaliste lui-même a confirmé sa libération par un appel à l’AFP depuis un taxi le ramenant à son domicile.
Boukandoura, âgé de 35 ans, travaille légalement en Turquie depuis plus d’une décennie. Titulaire d’une carte de presse turque et parfaitement bilingue, il collabore régulièrement avec plusieurs médias français dont Courrier international, Libération, Ouest-France et Mediapart. Ces publications ont immédiatement demandé sa libération immédiate dans un communiqué conjoint face à cette détention arbitraire.
Les autorités turques l’accusaient d’avoir scandé des slogans durant le rassemblement, allégation que le reporter a catégoriquement niée en affirmant sa présence en tant que journaliste couvrant l’événement. Ses avocats redoutaient fortement son expulsion du territoire turc. Son avocate et Erol Önderoglu de Reporters sans frontières ont confirmé la libération, sans préciser les circonstances exactes.
Erol Önderoglu a déclaré que cette arrestation visait à intimider les journalistes et les décourager de couvrir les manifestations prokurdes. La situation s’inscrit dans un contexte où la Turquie renforce son appui aux opérations contre les forces kurdes en Syrie, en coordination avec les nouvelles autorités syriennes. La libération du journaliste a apporté un grand soulagement, confirmant selon Önderoglu la reconnaissance de l’injustice subie.
La Turquie maintient un climat restrictif pour la presse. Reporters sans frontières classe le pays à la 159e place sur 180 pour la liberté de la presse, entre le Pakistan et le Venezuela. En mars 2025, Yasin Akgül, photographe de l’AFP, avait aussi été arrêté en couvrant une manifestation interdite, détenu quatre jours avant d’être relaxé en novembre avec trois confrères.
Les précédents illustrent cette tendance préoccupante. En 2017, deux journalistes français avaient été arrêtés : Loup Bureau, détenu plus de 50 jours sous l’accusation d’appartenance à une organisation terroriste, et Mathias Depardon, emprisonné un mois pour propagande terroriste. Les deux avaient finalement été expulsés vers la France.



