
Le castor européen, autrefois au bord de l’extinction, connaît un remarquable redressement démographique. Cependant, les pollinisateurs continuent de décliner gravement. Des chercheurs découvrent un lien inattendu entre ces deux espèces. En façonnant les zones humides, les castors modifient profondément les écosystèmes et influencent indirectement la vie des insectes pollinisateurs. Cette interaction révèle comment une seule espèce peut transformer les habitats et bénéficier à de nombreux autres organismes.
Grâce aux protections légales depuis 1968 et aux programmes de réintroduction, la population de castors européens a explosé. De mille deux cents individus il y a cent ans à plus de un million et demi aujourd’hui. Ce rongeur herbivore, le plus grand du continent, peut peser vingt kilogrammes. Contrairement aux mythes populaires, il ne consomme pas le bois lui-même. Il abat plutôt des arbres tendres comme les saules pour accéder aux feuilles et jeunes branches, en laissant des troncs caractéristiquement taillés.
Des scientifiques écossais ont examiné six zones humides proches les unes des autres. Trois avaient été créées par les castors depuis plus de cinq ans, tandis que trois autres résultaient d’aménagements humains antérieurs. Les chercheurs ont inventorié la flore et observé les pollinisateurs. Ils ont mesuré la diversité végétale, l’abondance des espèces, et identifié les insectes butineurs présents dans ces milieux. Cette approche minutieuse permettait de comparer directement les deux types d’écosystèmes.
Les deux milieux hébergent une soixantaine d’espèces végétales similaires. Pourtant, les plantes des zones créées par l’homme croissent lentement et produisent peu de fleurs. Les plantes des zones des castors offrent bien plus de nectar et de pollen. Cette différence provient probablement des niveaux d’eau fluctuants entretenus par les castors, forçant la flore à se développer rapidement pour compléter son cycle reproducteur.
Les observations révèlent des surprises importantes. Les deux environnements attirent des quantités équivalentes d’abeilles sauvages et de papillons nocturnes. Concernant les syrphes, diptères majeurs parmi les pollinisateurs, les zones naturelles des castors contiennent 29 % d’espèces supplémentaires et deux fois plus d’individus. Le bois en décomposition sur les berges instables favoriserait probablement les larves de certains syrphes. De plus, les papillons diurnes sont 45 % plus nombreux, particulièrement ceux préférant les zones alternativement inondées et exondées.



