International

Soudan : une attaque de drones de forces paramilitaires sur une mosquée fait au moins 75 morts

Esteban Ortega

Une attaque de drone meurtrière a frappé vendredi une mosquée située dans un camp de déplacés près d’El-Fasher, au Darfour, causant la mort d’au moins 75 personnes selon des secouristes locaux. Cette offensive a été menée par les Forces de soutien rapide (FSR), qui poursuivent leur avancée contre l’armée soudanaise.

El-Fasher reste la dernière grande ville du Darfour à échapper au contrôle des FSR, alors que la guerre entre forces régulières et paramilitaires s’éternise depuis plus de deux ans. Si la ville tombe, le Darfour pourrait passer entièrement sous domination des paramilitaires, ce qui inquiète de nombreuses organisations internationales.

L’attaque de vendredi a touché le quartier d’al-Daraja, où des civils déplacés du camp surpeuplé d’Abou Chouk avaient trouvé refuge. Une cellule d’urgence a indiqué qu’un “drone explosif” avait frappé la mosquée alors que de nombreuses personnes s’y étaient rassemblées. “Les corps ont été retirés des décombres”, ont précisé les secouristes locaux.

Le camp d’Abou Chouk, proche d’El-Fasher, fait face à une grave pénurie alimentaire, aggravée par l’encerclement de la ville par les FSR depuis 18 mois. Ces derniers n’ont pas commenté officiellement l’attaque. Pendant ce temps, les combats s’intensifient et les humanitaires craignent une dégradation rapide de la situation.

Le haut-commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Volker Türk, a exprimé sa vive inquiétude face à la montée de la violence et à l’augmentation du nombre de civils tués dans un contexte de “violence ethnique accrue” et de crise humanitaire. Il a averti : “L’ethnicisation croissante du conflit, qui repose sur des discriminations et des inégalités de longue date, pose de graves risques pour la stabilité et la cohésion sociale à long terme dans le pays”.

Des images satellite du Humanitarian Research Lab de l’université Yale montrent la progression des paramilitaires vers des points stratégiques, dont le camp d’Abou Chouk et l’ancienne base de la mission conjointe ONU-Union africaine (Minuad). Un responsable des FSR, sous anonymat, a affirmé à l’AFP que les paramilitaires avaient “pris le contrôle total” du complexe de la Minuad jeudi.

L’université Yale considère cette prise de contrôle comme “probable”, après avoir analysé des dégâts visibles sur des images satellites prises entre lundi et jeudi. D’après ces images, plusieurs bâtiments près du camp d’Abou Chouk ont été entièrement détruits en début de semaine.

Actuellement, les FSR détiendraient une grande partie du camp d’Abou Chouk, selon des témoins sur place. L’aéroport d’El-Fasher et le quartier général de la 6e division de l’armée sont désormais exposés aux tirs des paramilitaires.

Les ONG redoutent que la chute d’El-Fasher n’entraîne des violences massives, en particulier contre les populations non arabes telles que les Zaghawa, alliées à l’armée soudanaise. Shayna Lewis, de l’ONG Avaaz, a alerté : “Les quartiers d’El-Fasher seront maculés du sang de ces massacres bien avant que la communauté internationale ne réagisse”. Elle rapporte que la situation est “catastrophique” selon les habitants qu’elle a pu contacter.

Depuis mercredi soir, une coupure générale des communications empêche tout contact avec le Darfour-Nord. El-Fasher, assiégée depuis plus de 500 jours, compte environ 260 000 civils, dont la moitié sont des enfants selon l’ONU. L’accès à l’aide humanitaire demeure extrêmement limité.

Le Soudan est plongé dans la guerre depuis avril 2023, un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts et déplacé des millions de personnes. Les troupes du général Abdel Fattah al-Burhane et les FSR du général Mohamed Daglo sont toutes deux accusées de graves exactions. Selon l’ONU, il s’agit de “la plus grande crise humanitaire actuelle”. Plus d’un million d’habitants du nord du Darfour seraient menacés par la famine.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer