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L’euthanasie occupe désormais une place légitime dans les soins palliatifs belges selon les professionnels

Aliou Sembène

À l’hôpital de Tournai, en Belgique, l’euthanasie s’intègre depuis plus de deux décennies dans une pratique médicale encadrée. Dépénalisée en 2002, elle coexiste avec les soins palliatifs sous des conditions strictes. La loi belge exige un diagnostic de maladie grave et incurable, ainsi qu’une souffrance constante et insupportable. Chaque professionnel de santé conserve sa liberté de conscience pour accepter ou refuser cette pratique.

Didier Verleye, 75 ans atteint d’un cancer métastatique, consulte le Dr Jean-Michel Delperdange chaque mardi. Ces rendez-vous permettent aux patients et proches de discuter des directives anticipées et des options de fin de vie. Le médecin n’encourage jamais l’euthanasie mais reste disponible si elle devient nécessaire. Environ quinze actes sont pratiqués annuellement dans son service, démontrant le caractère marginal de cette pratique médicale.

Ginette Bobée, 85 ans originaire du Pas-de-Calais, a parcouru 130 kilomètres pour consulter. Environ la moitié des consultations concernent des patients français. Atteinte de plusieurs maladies graves, elle craint une perte totale de ses capacités cognitives. Le médecin lui explique qu’elle devra conserver toute lucidité pour formuler une demande valide d’euthanasie en Belgique.

Jusqu’en 2020, une unité catholique s’opposait fermement à l’euthanasie. Après le départ de sa directrice, les infirmières ont observé progressivement les collègues plus expérimentées. Le Dr Delperdange affirme: « C’est finalement quelque chose d’assez beau », décrivant ces moments comme sereins, empreints de douceur et de tendresse. Cette vision contraste avec les organisations françaises qui considèrent l’euthanasie incompatible avec les soins palliatifs.

Christine Fontaine, 62 ans, profite des attentions du service après avoir arrêté ses traitements contre le cancer du pancréas. Elle apprécie les massages, les conversations avec le personnel et souligne que les soins palliatifs permettent une continuité des soins plutôt qu’une guérison. Les infirmières adaptent leurs horaires aux besoins des patients, créant une atmosphère sereine loin de la précipitation hospitalière habituelle.

Anne Decarpentry, infirmière française de 29 ans, souligne que cette approche permet une meilleure connaissance des patients grâce à des ratios de personnel plus élevés. L’équipe soignante insiste: l’euthanasie ne représente que 6% des décès au sein de l’unité. En Belgique, elle totalise 3,6% des morts nationales en 2024, avec la majorité des actes effectués à domicile, non en établissement.

Christine Surdiacourt, 67 ans, vit l’instant présent malgré son cancer avancé. Elle apprécie que son souhait de fraises soit immédiatement satisfait par l’équipe. Elle trouve du réconfort sachant que l’euthanasie existe, bien qu’elle ne l’envisage plus. Sa présence dans ce service où les rires s’échappent des chambres et les origamis ornent les couloirs témoigne d’une qualité de vie maintenue jusqu’au bout.

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