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Les relations entre la France et le Tchad s’améliorent malgré la situation géopolitique complexe du pays

Baptiste Lacomme

Emmanuel Macron a accueilli jeudi le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno à l’Élysée pour relancer une coopération franco-tchadienne gravement endommagée. Cette rencontre d’amitié vise à redéfinir les contours d’un partenariat que les tensions récentes ont profondément fragilisé.

Les relations se sont détériorées en novembre 2024 lorsque N’Djamena a rompu unilatéralement l’accord de défense avec la France, provoquant le départ précipité des militaires français. Le conflit portait davantage sur la méthode que sur le fond selon une source diplomatique française, bien que les échanges entre les deux capitales aient été perçus comme trop autoritaires par la présidence tchadienne.

Avant cette rupture, d’autres incidents avaient crispé les relations. La visite de Mahamat Idriss Déby Itno à Moscou pour rencontrer Poutine et l’ouverture d’une enquête judiciaire en France contre le président tchadien pour détournement de fonds avaient déjà créé des tensions. La tournée africaine du ministre français des Affaires étrangères en novembre 2024 a finalement servi de catalyseur à la décision tchadienne.

Du côté français, le départ abrupt des troupes a choqué Emmanuel Macron et l’établissement militaire. La phrase du président français « ils ont oublié de nous dire merci » reflétait le ressentiment d’une présence militaire installée depuis longtemps et qui se sentait abandonnée sans préavis.

Le réchauffement intervient maintenant car le Tchad fait face à une situation régionale précaire. Au Darfour, les Forces de soutien rapide commettent des nettoyages ethniques, déstabilisant les familles tchadiennes et même les effectifs militaires qui désertent pour combattre dans cette région. Parallèlement, contestation interne et tensions avec le Niger affaiblissent le régime de Mahamat Idriss Déby Itno.

Vulnérable régionalement, N’Djamena recherche des alliés puissants au-delà de ses partenaires émiratis. Le gouvernement tchadien souhaite renforcer sa coopération avec la France notamment en matière de renseignement. Paris, de son côté, veut améliorer ses relations avec les régimes africains pour contrebalancer l’influence croissante de la Russie.

Les deux chefs d’État ont réaffirmé leur engagement envers un partenariat revitalisé incluant des domaines économiques diversifiés. Le Tchad a désigné comme priorités l’énergie, le numérique, l’agriculture, l’élevage, l’éducation et la culture. Une délégation ministérielle tchadienne a même visité le siège du MEDEF International à Paris.

Un Forum des Affaires franco-tchadien est prévu en avril à Paris. N’Djamena cherche à diversifier ses partenaires économiques en accueillant notamment la Turquie, très active en Afrique. Cependant, la corruption persistante au Tchad compromet les perspectives commerciales.

La France, confrontée à des difficultés financières, n’investira pas massivement au Tchad. Elle peut néanmoins plaider auprès des grandes institutions économiques comme le FMI et la Banque mondiale pour que ces dernières adoptent une posture plus favorable. Pour N’Djamena, se réconcilier avec Paris présente donc un intérêt stratégique certain.

Sur le dossier du Soudan, frontalier du Tchad, les deux présidents ont exhorté les belligérants à mettre en œuvre la trêve humanitaire négociée par le Quad, regroupant États-Unis, Égypte, Arabie saoudite et Émirats arabes unis. Ils ont également appelé à créer un environnement international favorable à la résolution du conflit.

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