France

Les mouvements paysans français font l’objet d’une criminalisation croissante, alertent trois experts de l’ONU

Hamza Chouraqui

Trois rapporteurs des Nations unies expriment leur profonde préoccupation face à la criminalisation croissante des mouvements paysans en France. Carlos Arturo Duarte Torres, Gina Romero et Mary Lawlor dénoncent l’arrestation de porte-parole et de dirigeants agricoles pour des actes de désobéissance civile pacifique.

Le 14 janvier, cinquante-deux manifestants ont été interpellés après s’être introduits dans un bâtiment du ministère de l’Agriculture à Paris. Leur action ciblait l’accord commercial avec le Mercosur, la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse et l’insuffisance du soutien économique au secteur agricole.

Selon les experts onusiens, cette tendance à réprimer les activités syndicales pacifiques menace les droits fondamentaux. Ils jugent l’escalade des arrestations massives ciblant certains syndicats injustifiée et discriminatoire. Le gouvernement doit faciliter les manifestations pacifiques plutôt que de les étouffer par des mesures policières excessives.

Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne et elle-même placée en garde à vue, qualifie les interpellations de purement arbitraires. Elle précise que l’action était symbolique : scandage de slogans et apposition d’autocollants. Aucune dégradation n’a été caractérisée. Les agriculteurs ont été libérés malgré la plainte déposée par le ministère. Le parquet n’a engagé aucune poursuite.

Yoann Maras, responsable national du syndicat Alliance Police nationale, réfute l’accusation de ciblage spécifique contre certains syndicats paysans. Il affirme que les réactions policières dépendent de la manière de manifester et de possibles débordements. Selon lui, aucune distinction n’est faite entre manifestants selon leur appartenance syndicale.

Le même samedi, les policiers eux-mêmes se sont mobilisés dans une vingtaine de villes, action très rare pour cette catégorie professionnelle. Ils exigent plus de fermeté pénale et davantage de moyens pour faire face à la violence croissante. Maras dénonce l’explosion de la violence sociétale, l’état délabré des commissariats et le manque d’enquêteurs en France.

Les chiffres provisoires de l’insécurité pour 2025 montrent une évolution contrastée. Les tentatives d’homicide progressent de cinq pour cent, les violences physiques de cinq pour cent et les violences sexuelles de huit pour cent. En revanche, les vols avec armes diminuent nettement de sept pour cent. Les destructions volontaires augmentent légèrement mais restent inférieures au niveau de 2023.

Maras insiste sur le besoin d’actions concrètes du gouvernement. Il note que des agriculteurs se sont joints aux cortèges de policiers et rejette fermement l’opposition que le gouvernement pourrait créer entre ces deux groupes, renvoyant aux tensions observées lors du mouvement des Gilets jaunes.

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