
En Normandie, quatorze pharmaciens ont été reconnus coupables d’avoir violé la loi antirichesses en acceptant des présents provenant du laboratoire Urgo. Le tribunal de Rouen les a sanctionnés mardi avec des amendes variant de 3 000 à 16 000 euros. Entre 2015 et 2021, ces professionnels de santé ont reçu près de 175 000 euros en cadeaux interdits, notamment de l’alcool et des accessoires de cuir.
L’entreprise Urgo a mené une stratégie systématique de distribution d’avantages auprès des pharmaciens français. Une investigation menée par les autorités de contrôle a établi qu’Urgo a distribué 76 000 objets à plus de 8 500 pharmaciens, représentant 40 % de la profession. Le bilan financier de cette opération atteint 55 millions d’euros, incluant du mobilier luxueux, des appareils électroniques, des cycles motorisés, des bijoux et du champagne.
Les enquêteurs ont lancé plusieurs procédures judiciaires contre les destinataires de ces avantages suite à la condamnation du laboratoire survenue en janvier 2023. Ces investigations ont progressivement identifié les bénéficiaires de ces distributions. Un cas notable concerne une ancienne responsable ministérielle de la santé, pénalisée en octobre 2024 pour n’avoir pas déclaré des présents reçus durant son exercice pharmaceutique antérieur.
La magistrate représentant l’accusation a fermement rappelé que l’ignorance n’était pas une défense acceptable. Elle a souligné que le serment professionnel des pharmaciens, profession strictement encadrée, n’est pas une formalité dénuée de sens. La réglementation contre les avantages remonte à 2004 et a connu un renforcement en 2017.
La magistrate a expliqué que cette legislation vise à préserver l’indépendance des professionnels sanitaires et à empêcher les arrangements opaques qui faussent le marché médical. Les avocats des pharmaciens ont demandé leur acquittement, arguant de l’absence d’intention délictueuse et d’une conduite professionnelle exemplaire. Aucun des cadeaux n’a été confisqué.



