
Depuis le 28 décembre, une vague de contestation massive s’est propagée en Iran. L’organisation Human Rights Activists (Hrana) a documenté au moins 50 235 interpellations liées à ce mouvement de protestation. Ces arrestations touchent un large éventail de la société iranienne. Adolescents, étudiants, écrivains, personnel médical, avocats et enseignants figurent parmi les personnes arrêtées. Hrana rapporte 106 étudiants en détention et plus de 300 confessions forcées diffusées à la télévision.
Les autorités iraniennes ont également annoncé l’arrestation de 139 étrangers dans la province de Yazd, accusés d’avoir organisé les manifestations. Quatre autres étrangers ont été interpellés à Téhéran. Ces opérations d’arrestation s’inscrivent dans une répression intensifiée depuis début janvier, période pendant laquelle les forces de sécurité ont écrasé les mouvements de protestation à grande échelle.
Les accusateurs menacent d’appliquer la peine de mort. Amnesty International énumère les chefs d’accusation : contacts avec des médias persanophones étrangers, appartenance à des groupes monarchistes, leadership dans les manifestations, possession d’armes et participation à des émeutes. Le chef du pouvoir judiciaire a déclaré qu’aucune clémence ne serait accordée. Le parquet a précisé que certains accusés risquaient la condamnation à mort.
Le Centre pour les droits humains en Iran (CHRI) rapporte une augmentation explosif des arrestations suivi des massacres de janvier. Des détentions secrètes dans des lieux inaccessibles se multiplient. Des témoins décrivent des arrestations dans des entrepôts secrets, des structures officieuses fonctionnant hors du système pénitentiaire régulier. Des procès collectifs sans représentation juridique et des descentes policières violentes la nuit caractérisent cette répression. Au Kurdistan iranien, plusieurs syndicalistes enseignants demeurent introuvables depuis plus de vingt jours.
À Khorramabad et à Qorveh, des habitants rapportent une terrorisation systématique. Des arrestations nocturnes visent particulièrement les manifestants blessés. Un témoin décrit une atmosphère insoutenable, avec des agents procédant à des descentes domiciliaires violentes et brutales. Amnesty International a documenté l’arrestation de blessés dans les hôpitaux, y compris des patients nécessitant des soins d’urgence, dans les provinces d’Ispahan et de Chaharmahal-et-Bakhtiari.
Les autorités recherchent les traces de balles en plomb tirées à la chevrotine comme preuve de participation aux manifestations. Amnesty dénonce des perquisitions au cours desquelles les personnes sont forcées de se déshabiller devant leur famille pour constater les blessures. À Shiraz, environ 150 étudiantes ont été entassées dans une cellule prévue pour 30 personnes, sans eau potable ni installations sanitaires adéquates.
L’accès aux avocats est systématiquement refusé aux détenus. Ce refus, combiné aux menaces contre les familles, suscite des craintes de torture, d’abus sexuels et de morts en détention. Les autorités forcent les prisonniers à signer des documents qu’ils ne peuvent pas lire et à confesser des crimes fictifs. Dans plusieurs cas, les juges rejettent les avocats choisis par les détenus, leur imposant des conseils agréés par le système judiciaire à des tarifs prohibitifs.
Les professionnels de santé font l’objet d’une répression particulière. Médecins et infirmières sont arrêtés pour avoir soigné les manifestants. Ameneh Soleimani, Babak Pouramin et Alireza Golchini ont été interpellés. L’Association iranienne des infirmières signale que dix-huit infirmières ont été convoquées et que trois au moins ont péri lors des événements récents. Les avocats subissent également cette vague : six ont été arrêtés à Shiraz et neuf à Téhéran, Shiraz et Mashhad.
Plusieurs figures publiques et activistes de premier plan ont été interpellés récemment. Le leader étudiant Abdollah Momeni, la journaliste et défenseure des droits des femmes Vida Rabbani, ainsi que le cinéaste Mehdi Mahmoudian figurent parmi les arrestations. Mahmoudian, co-scénariste du film primé à Cannes, a été arrêté pour avoir contribué à diffuser un message de critique politique.



