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L’expiration du traité START laisse désormais les États-Unis et la Russie libres d’accroître leurs arsenaux nucléaires sans contrainte

Romain Mazzotti

L’expiration du dernier accord de contrôle des armes nucléaires entre Washington et Moscou marque un tournant majeur. Le traité New START prend fin sans successeur, laissant les deux puissances nucléaires sans restrictions sur leurs arsenaux respectifs. Signé en 2010, cet accord avait imposé des plafonds stricts : maximum 1 550 ogives et 700 vecteurs de livraison par nation.

Pendant treize ans, ce traité a encadré les arsenaux nucléaires stratégiques des deux adversaires. Des inspections sur place vérifiaient le respect mutuel des engagements jusqu’en 2020, date d’arrêt liée à la pandémie. Ces vérifications n’ont jamais repris, creusant le fossé de confiance entre les deux capitales.

La Russie a suspendu sa participation en février 2023, arguant que les inspections américaines devenaient incompatibles avec le soutien occidental à l’Ukraine. Poutine a néanmoins affirmé maintenir les plafonds nucléaires volontairement, prétendant que cette stabilité était essentielle pour éviter une course effrénée aux armements. Quelques mois avant l’expiration, il a réitéré son engagement à respecter les limites une année supplémentaire, appelant Washington à faire de même.

Les États-Unis et la Russie contrôlent à eux deux 90 pour cent des armes nucléaires mondiales. Tous deux modernisent intensément leurs triades nucléaires terrestres, maritimes et aériennes. Poutine a abaissé en 2024 le seuil d’utilisation des armes nucléaires, tandis que Trump envisage la reprise des essais nucléaires souterrains. La Russie teste des drones et missiles hypersoniques nucléaires, les États-Unis déploient des bombardiers furtifs B-21 et des missiles Sentinel dernière génération.

La Chine émerge comme élément perturbateur majeur de cette équation stratégique. Bien que son arsenal de 600 ogives reste inférieur à celui des superpuissances, Pékin ajoute environ 100 armes annuelles depuis 2023. Jamais impliquée dans les traités de contrôle des armements, elle pourrait atteindre la parité avec Moscou et Washington d’ici dix ans. Washington exige son inclusion dans tout nouvel accord, que Pékin rejette catégoriquement, arguant que sa puissance nucléaire demeure incomparable.

En Europe, la France et le Royaume-Uni renforcent leurs capacités nucléaires indépendantes. La France dispose de 290 armes, l’arsenal le plus important du continent, et a modernisé son missile stratégique M51. Le Royaume-Uni construit quatre nouveaux sous-marins nucléaires. Paris et Londres ont signé la déclaration de Northwood, marquant une coordination stratégique inédite de leurs forces nucléaires pour contrer les menaces émergentes.

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