
L’Agence régionale de santé (ARS) de Normandie a communiqué vendredi l’impossibilité pour le service des urgences du CHU de Caen d’accueillir des internes au cours du semestre débutant lundi. Cette mesure résulte d’un déficit critique de médecins encadrants, compromettant la formation et la prise en charge des patients.
« Malheureusement, les internes en France portent l’hôpital public à bout de bras », a déclaré Mélanie Debarreix, présidente de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI), lors d’une intervention le 3 novembre. Elle souligne que l’absence d’encadrement médical expérimenté touche l’ensemble des établissements hospitaliers, impactant directement la qualité des soins et la formation des futurs praticiens.
Selon Mélanie Debarreix, un climat de silence règne parmi les internes, dissuadant toute dénonciation du manque d’encadrement. « Les internes ont peur de parler, il y a un système de hiérarchie, on est dans un système très compétitif. Donc le premier qui parlera sera vu comme une source de faiblesse », analyse-t-elle. Ce contexte génère des conséquences graves, avec « un suicide d’interne tous les 20 jours, 66 % de signes de dépression, 21 % d’idées suicidaires à l’année, c’est vraiment catastrophique et c’est vraiment un souci systémique ».
Crise des urgences et conditions de travail des internes en France
Les vingt internes initialement affectés aux urgences du CHU de Caen seront redirigés vers d’autres établissements de la région ou vers d’autres services du CHU. Pour Mélanie Debarreix, cette situation illustre la précarité du système hospitalier : « Le cas de Caen montre très bien que les internes sont vraiment la variable d’ajustement de ce système qui est totalement défaillant. Les internes permettent de poser un pansement sur une hémorragie qui est en train de se faire. On est là pour colmater les brèches parce qu’on est de la main d’œuvre pas chère et facilement mobilisable ».
L’ARS précise que cette suspension d’accueil est temporaire, avec l’objectif de réintégrer des internes à partir du semestre suivant, en mai 2026. Toutefois, la présidente de l’ISNI alerte sur la dégradation générale des conditions de formation et de santé mentale des internes. « Tous les internes en médecine sont en grande difficulté autant psychiquement que sur le plan de la formation », observe-t-elle.
Déficit d’attractivité de l’hôpital public et surcharge horaire
Mélanie Debarreix pointe la difficulté croissante à recruter et fidéliser des médecins dans le secteur public. « L’hôpital public aujourd’hui n’est plus du tout attractif. Plus personne n’a envie de travailler dans des conditions aussi dures pour gagner aussi peu d’argent », déplore-t-elle. Elle rappelle que les internes, « tous épuisés avant la fin de leur cursus », perçoivent en moyenne « 1 700 euros alors qu’on est entre bac 8 et bac 12, pour 60 heures par semaine ».
Les internes français exercent au-delà des normes européennes, comme le souligne Mélanie Debarreix : « L’Europe dit qu’un interne doit travailler 48 heures maximum par semaine ». Cette surcharge chronique aggrave la crise structurelle des hôpitaux publics et fragilise durablement la relève médicale.



