
Le procès du groupe Lafarge, poursuivi pour financement du terrorisme, s’ouvre à Paris ce mardi 4 novembre. L’entreprise et huit de ses anciens dirigeants sont accusés d’avoir versé des fonds à des organisations jihadistes, dont l’État islamique, afin de maintenir l’activité de leur cimenterie syrienne jusqu’en 2014. Le site industriel de Jalabiya, implanté dans le nord du pays en pleine guerre civile, a exposé ses employés à de graves risques.
Environ 180 anciens salariés syriens se sont constitués parties civiles dans cette affaire. Parmi eux figure Hicham, aujourd’hui réfugié en Allemagne. Recruté en 2012 comme informaticien, il évoque une opportunité professionnelle majeure, rapidement assombrie par la progression du conflit. « Il y avait chaque jour de nouveaux checkpoints. Après cela, des collègues ont été kidnappés, d’autres arrêtés », témoigne-t-il.
Les travailleurs locaux, confrontés à l’insécurité croissante, n’avaient pas d’alternative. Selon Hicham, la nécessité de subvenir aux besoins de leurs familles les a contraints à rester sur place, pris en étau entre les zones contrôlées par le régime syrien et celles tenues par les jihadistes.
Financement du terrorisme et implication de Lafarge en Syrie
Hicham affirme avoir rapidement suspecté Lafarge de compromis avec des groupes armés, notamment l’État islamique. Il décrit une situation ambiguë : « Ils livraient du ciment dans des villes où Daech construisait des murs et des installations et puis ils recevaient du pétrole de zones contrôlées par Daech ». Les expatriés avaient quitté la région, mais les employés syriens restaient exposés.
Chaque matin, Hicham était chargé d’établir une connexion Skype avec la direction française pour une réunion sur la sécurité. Il précise : « le PDG, le directeur de la sûreté » participaient à ces échanges quotidiens. Ces responsables figurent désormais parmi les prévenus devant la justice française.
Risques pour les salariés syriens et témoignages au procès
En juillet 2014, alors que les bombardements de Daech s’intensifient à proximité de l’usine, Hicham prend la fuite par ses propres moyens. Il trouve refuge en Allemagne, où il réside encore aujourd’hui. Son témoignage illustre la vulnérabilité des employés locaux face à la violence et aux pressions exercées par les groupes armés.
Durant le procès, Hicham prévoit de poursuivre ses activités professionnelles à distance le matin, avant de se rendre au tribunal de Paris. Il espère, aux côtés de ses anciens collègues, obtenir réparation pour les préjudices subis.



