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Au Soudan, la situation reste tendue malgré l’accord des FSR pour une trêve

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Le Soudan demeure plongé dans une crise profonde, sans perspective de résolution du conflit opposant l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR), malgré l’annonce récente d’un accord des paramilitaires à une trêve humanitaire. Cette guerre, qui perdure depuis plus de deux ans, continue de provoquer des déplacements massifs et une dégradation humanitaire majeure.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Volker Türk, a exprimé de vives inquiétudes concernant des « préparatifs manifestes » de nouveaux combats dans la région stratégique du Kordofan. Cette zone, située entre Khartoum, contrôlée par l’armée, et le Darfour, sous domination des FSR, reste le théâtre d’une intensification des hostilités. Selon Türk, « il n’y a aucun signe de désescalade » et la population civile continue de subir les conséquences de ce conflit prolongé.

Depuis avril 2023, le Soudan, troisième plus vaste pays d’Afrique, est ravagé par une lutte de pouvoir entre le général Abdel Fattah al-Burhane et son ancien adjoint Mohamed Hamdane Daglo, chef des FSR. Les affrontements ont déjà causé des milliers de morts et déplacé plus de 12 millions de personnes, générant la plus grave crise humanitaire mondiale selon l’ONU. Les rapports de massacres, de violences sexuelles et d’enlèvements se multiplient, notamment après la prise d’El-Facher par les FSR le 26 octobre.

La trêve humanitaire au Soudan suscite le scepticisme

La proposition de trêve, portée par le groupe du Quad (Arabie saoudite, États-Unis, Égypte, Émirats arabes unis), prévoit une cessation des hostilités pour trois mois et des négociations en Arabie saoudite. Les FSR ont annoncé leur adhésion à cette initiative, mais l’armée n’a pas réagi officiellement. Le général Burhane a réaffirmé jeudi la poursuite des opérations militaires contre les FSR. Des explosions ont été signalées à Omdurman, près d’une base militaire et d’une centrale électrique, provoquant des coupures de courant.

Cameron Hudson, analyste au Center for Strategic and International Studies (CSIS), estime que les FSR « n’ont pas la volonté » de respecter la trêve et cherchent à détourner l’attention des exactions commises à El-Facher. Il souligne que « maintenant qu’ils contrôlent tout le Darfour, les FSR ont intérêt à ce que l’aide et la nourriture y entrent. Mais l’armée a intérêt à ne pas permettre aux FSR de consolider ses gains au Darfour ».

Escalade des attaques de drones et tensions au Kordofan

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des habitants d’Omdurman ont rapporté avoir été réveillés par des tirs anti-aériens et des explosions près de la base de Wadi Sayidna. Un autre témoin a évoqué la présence de drones et une explosion à proximité d’une centrale électrique, entraînant une panne d’électricité. Les attaques de drones, tactique privilégiée des FSR, se sont également multipliées à Atbara, ville sous contrôle de l’armée, où plusieurs engins ont été abattus par la défense anti-aérienne.

Un habitant d’Atbara a déclaré : « J’ai vu dix drones au-dessus de la ville et la défense anti-aérienne les abattait un par un. » Aucun bilan humain n’a été communiqué. Les deux camps n’ont pas commenté ces incidents, alors que les analystes anticipent une intensification des combats dans le Kordofan, région centrale stratégique et riche en ressources pétrolières.

Dilling, entre bombardements et risque de famine

Le syndicat des médecins soudanais a signalé que les FSR ont bombardé jeudi un hôpital à Dilling, dans le Kordofan du Sud, causant plusieurs blessés et détruisant le service de radiologie. Cette ville, sous contrôle des FSR et de leurs alliés depuis deux ans, fait face à une crise humanitaire aiguë, l’acheminement de l’aide étant quasiment impossible depuis plusieurs mois.

Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) a alerté sur un risque imminent de famine à Dilling. Les conditions humanitaires continuent de se détériorer, alors que les combats se poursuivent et que l’accès à l’aide reste entravé dans le Darfour et le Kordofan.

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