
Début novembre, une séquence vidéo montrant une explosion dans la bande de Gaza a circulé massivement sur les réseaux sociaux. Cette diffusion a alimenté des affirmations erronées selon lesquelles une « minibombe nucléaire » aurait été utilisée dans l’enclave palestinienne. Plusieurs éléments convergent vers une opération ciblée sur des tunnels souterrains.
La vidéo, relayée par des comptes aux positions divergentes, a été partagée dès le 2 novembre. Jackson Hinkle, commentateur américain, a affirmé sur X : « Israël largue des mini-ogives nucléaires sur Gaza en plein ‘cessez-le-feu’ ». Ce message a dépassé 700 000 vues. Parallèlement, le compte Defence Index a évoqué une « arme thermobarique » et un « nouveau type de bombe », générant plus de 9 millions de vues.
Des vérifications menées par des spécialistes de la géolocalisation ont permis d’identifier le site de l’explosion à al-Bayouk, dans le gouvernorat de Rafah, au sud de Gaza. Les images satellites montrent que les infrastructures étaient intactes le 23 octobre, mais détruites le 5 novembre. L’emplacement se situe derrière la « ligne jaune », zone d’où l’armée israélienne s’est retirée après le cessez-le-feu.
Explosion à Gaza : analyse technique et contexte opérationnel
Une version de qualité de la vidéo a été publiée par Mosab Hassan Yousef, soutien d’Israël, qui déclare : « L’armée israélienne travaille sans relâche pour démanteler les tunnels terroristes du Hamas ». L’analyse de la séquence révèle une détonation précédée de dix secondes de calme, sans trace de projectile entrant. Un panache de fumée noire et un cercle de condensation blanche sont visibles, suivis de multiples colonnes de fumée grise.
Les tunnels du Hamas, selon la chercheuse Daphné Richemond-Barak, sont construits « en zigzag et sur plusieurs niveaux ». Ce réseau souterrain, estimé à 500 km, est qualifié de « base militaire sous une population civile ». La destruction de ces infrastructures constitue un objectif stratégique pour Israël depuis les attaques du 7 octobre 2023.
Scott Savitz, ingénieur à la Rand Corporation, tranche : « Il ne s’agit pas d’une ‘mini-ogive nucléaire’. Utiliser une arme nucléaire à cette fin serait absurde, et les niveaux de radiation auraient été détectés facilement ». Il ajoute : « Les gens aiment simplement faire du sensationnalisme. »
Armes utilisées et caractéristiques de l’explosion à Rafah
L’hypothèse d’une bombe thermobarique est également écartée par Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux : « Cela n’y ressemble pas trop : on attendrait une boule de feu substantielle au début, accompagnée d’un phénomène de succion atmosphérique, alors que là, on voit ‘juste’ une onde de choc ».
Pour Gilles Denglos, expert en dépollution pyrotechnique, « il semble que ce soit une bombe classique. Le panache est particulièrement noir, ce qui est caractéristique de l’explosif se décomposant. L’explosion a lieu au sol, ce qui exclut l’usage d’une bombe thermobarique ». Il précise que l’onde de choc est bien visible en raison de la poussière ou de l’humidité ambiante.
Israël a utilisé des bombes lourdes dans la bande de Gaza depuis le début du conflit. Entre octobre 2023 et février 2024, plus de 25 000 tonnes d’explosifs ont été larguées, soit « l’équivalent de deux bombes nucléaires » selon un rapport onusien publié en novembre 2024.
Démolition de tunnels et communication militaire israélienne
Trevor Ball, spécialiste des questions d’armement, indique sur X : « Cette vidéo montre simplement une démolition de tunnel classique. L’effet visible est le nuage de condensation qui peut se former par temps humide ». Gilles Denglos précise : « Le flash lors de l’explosion est en surface et non sous terre, et les fumées proviennent de la décomposition de l’explosif. À mon sens, c’est une bombe d’aviation qui semble avoir été employée ».
Les déclarations officielles de l’armée israélienne confirment l’activité dans la zone. « Les forces de la brigade Nahal, sous le commandement de la 143e division, opèrent dans la zone de Rafah à l’est de la ligne jaune », a indiqué le porte-parole Avichay Adraee le 1er novembre. Il ajoute que les forces « continuent de détruire le réseau de tunnels souterrains restant dans la zone ».



