
La révélation de documents concernant Jeffrey Epstein ravive les interrogations sur ses liens avec Donald Trump, quatre ans après sa mort en prison. Des parlementaires démocrates ont publié trois emails du financier new-yorkais le 12 novembre, tandis que les républicains ont ensuite dévoilé 20 000 documents supplémentaires. Aucune preuve judiciaire directe n’incrimine le président américain, mais ces révélations contredisent ses affirmations selon lesquelles il ignorait le système d’exploitation sexuelle orchestré par Epstein.
Dans un email de 2011, Jeffrey Epstein décrit Donald Trump à Ghislaine Maxwell comme « ce chien qui n’a pas aboyé », affirmant que le futur président avait « passé des heures chez moi » avec une victime présumée. Les républicains ont publié la version non caviardée mentionnant Virginia Giuffre, figure clé des accusations contre Epstein, décédée en avril dernier. Epstein affirme que Trump « n’a jamais été mentionné », tandis que Maxwell répond simplement : « J’y ai réfléchi ». Ghislaine Maxwell, emprisonnée pour vingt ans, a été reconnue coupable de participation au système d’exploitation sexuelle.
Des échanges entre Epstein et le journaliste Michael Wolff révèlent une stratégie de communication à l’approche de la candidature présidentielle de Trump en 2015. Wolff prévient Epstein que CNN veut interroger Trump sur leur relation. Il lui suggère de laisser Trump « se discréditer » lui-même en niant avoir pris l’avion ou visité sa maison. Epstein propose au New York Times de montrer « des photos de Donald et de filles en bikini », selon le journal. À l’automne 2016, Wolff propose une interview susceptible « d’achever » Trump.
En 2017, Wolff écrit à Epstein concernant un article Reuters sur un procès pour agression sexuelle présumée de 1994. Il commente : « Je suppose que s’il y a quelqu’hui qui peut faire passer ça sous silence, c’est bien Donald ». Epstein répond : « Faites-moi savoir si je peux faire quoi que ce soit ». Dans un message de 2019, Epstein affirme que Trump « savait » de ses activités criminelles et qu’il « n’a jamais reçu de massage ». Il ajoute que Trump aurait demandé sa démission du club Mar-a-Lago.
Les documents publiés par les républicains élargissent le champ des relations d’Epstein. Kathryn Ruemmler, ex-conseillère de Barack Obama, discute avec lui en 2018 du dossier pénal de Michael Cohen. Epstein y affirme « savoir à quel point Donald est véreux ». Il échange aussi environ soixante emails avec Steve Bannon, ancien idéologue trumpiste, lui proposant d’aider à diffuser sa pensée ultraconservatrice en Europe. Avec Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor, Epstein décrit Trump comme étant « à la limite de la folie ».
Donald Trump accuse les démocrates de « promouvoir à nouveau la supercherie Epstein » pour détourner l’attention de leurs revers politiques. Il affirme qu’Epstein était démocrate et demande une enquête fédérale sur les liens entre Epstein et Bill Clinton. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, reproche aux démocrates d’avoir caviardé le nom de Virginia Giuffre, affirmant que ce caviardage répondait au principe de protéger les victimes.
Leavitt souligne que Giuffre avait assuré plusieurs fois que Trump « n’avait rien fait de mal ». Elle déclare que les courriels « ne prouvent absolument rien » et présente une liste d’articles pour démontrer que Michael Wolff n’était pas fiable. Des figures pro-Trump défendent immédiatement le milliardaire : Jack Posobiec accuse certains médias d’avoir « collaboré avec Epstein » pour créer des « canulars », tandis que Rogan O’Handley dénonce une « diversion ».
Une pétition visant à imposer un vote sur la publication intégrale des « Epstein Files » non classifiés a recueilli suffisamment de soutiens à la Chambre le 12 novembre. Le vote se tiendra la semaine suivante. Ce scrutin place les républicains face à un dilemme : afficher leur loyauté envers Trump ou répondre aux demandes de transparence de victimes présumées. Thomas Massie affirme que la réponse « est assez évidente », invitant les républicains à voter pour la publication. Si elle était adoptée par la Chambre, la résolution nécessiterait ensuite l’adoption au Sénat et la signature de Trump lui-même.



