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La guerre qui ravage le Darfour menace désormais de s’étendre jusqu’au territoire tchadien

Aliou Sembène

Au Tchad, la crise soudanaise n’est pas une question lointaine. Depuis plus de deux décennies, N’Djamena gère l’afflux massif de réfugiés fuyant les violences au Darfour voisin. Plus d’un million deux cent mille Soudanais se sont installés au Tchad, dont cent mille arrivés récemment depuis avril. Cette situation dépasse le simple accueil humanitaire.

Le Tchad occupe une position stratégique centrale dans le conflit soudanais. N’Djamena soutient activement différents groupes armés selon ses intérêts géopolitiques et ses relations avec les protagonistes. Cette implication directe transforme le pays en acteur majeur des instabilités régionales, bien au-delà d’une simple frontière.

À l’inverse, Khartoum exerce aussi une influence déterminante sur la politique tchadienne. Le pouvoir soudanais a parrainé les principales rébellions tchadiennes, notamment celle menée par Idriss Déby en 1990, ainsi que les tentatives de déstabilisation en 2006 et 2008. Cette interdépendance conflictuelle structure profondément les deux États.

La chute d’El-Fasher le 26 octobre marque un tournant dramatique. Les Forces de soutien rapide du général Mohammed Hamdan Daglo conquièrent la capitale du Darfour Nord, déclenchant des massacres systématiques. Ces atrocités sont documentées et diffusées sur les réseaux sociaux par le groupe paramilitaire lui-même, révélant l’ampleur de la violence.

Face à cette escalade majeure, le silence officiel de N’Djamena demeure remarquable. Malgré les massacres documentés et diffusés publiquement, aucune réaction officielle n’émane des autorités tchadiennes. Cette absence de condamnation révèle les calculs complexes qui gouvernent les relations entre le Tchad et les acteurs du conflit soudanais.

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