International

Les attaques contre la flotte fantôme russe révèlent-elles une extension du conflit ukrainien jusqu’aux côtes du Sénégal ?

Romain Mazzotti

Les services de renseignement ukrainiens auraient-ils opéré au Sénégal ? L’implication de Kiev est envisagée suite aux explosions qui ont endommagé le cargo Mersin, identifié comme appartenant à la flotte fantôme russe, au large de Dakar le 27 novembre.

Le Mersin, navire panaméen exploité par un armateur turc, a subi quatre explosions externes à sa coque. L’entreprise Besiktas Shipping a confirmé l’incident tout en précisant que l’équipage était sain et sauf, sans blessés ni pollution. Cependant, l’origine des explosions n’a pas été établie officiellement.

Bien que l’Ukraine n’ait pas revendiqué l’opération, les soupçons se concentrent sur Kiev. Le navire transportait de l’essence et ne figurait sur aucune liste de sanctions. Selon Dirk Siebels, expert en sécurité maritime, l’Ukraine ne reconnaîtrait pas officiellement son implication. Néanmoins, le Mersin représente une cible valide pour les Ukrainiens puisqu’il a été repéré à plusieurs reprises dans des ports russes comme Novorossiysk et Oust-Louga, transportant du pétrole russe.

Pour les autorités ukrainiennes, tout navire transportant des hydrocarbures russes financerait indirectement l’effort de guerre russe. Cet incident survient dans un contexte d’augmentation des attaques contre la flotte fantôme. Depuis décembre 2024, sept navires russes ont été endommagés ou coulés après des explosions mystérieuses près de la Libye, la Turquie et l’Italie. Aucun n’était sanctionné officiellement.

Deux jours après le Mersin, deux autres cargos ont été attaqués en mer Noire. Le Kairo et le Virat, battant pavillon gambien et se dirigeant vers le terminal pétrolier de Novorossiysk, ont été visés par des drones Sea Baby. Kiev a revendiqué cette opération, marquant la première utilisation ouverte de drones navals contre des navires civils. Ces deux cargos figuraient sur la liste des navires sanctionnés facilitant les exportations de pétrole russe.

Patrick René Haasler, analyste spécialisé, explique que les drones contrôlés par satellite Starlink disposent de reconnaissance d’obstacles par intelligence artificielle et de suivi automatique amélioré. Cependant, les drones transportent 850 kg d’explosifs générateurs d’ondes de choc pouvant endommager les navires proches et créer d’importants dégâts environnementaux si le cargo contient du pétrole.

Basil Germond, spécialiste de sécurité maritime à l’université de Lancaster, souligne que les belligérants doivent distinguer cibles militaires et civiles. Pourtant, la flotte fantôme représente une cible attrayante car ces navires doivent rester discrets et sont difficilement défendables. Moscou refuse de reconnaître l’existence de cette flotte et ne peut l’escorter militairement sans le confirmer.

La Russie renforce ses défenses énergétiques contre les attaques de drones. L’Ukraine aurait donc ciblé la flotte fantôme comme alternative. Si les services ukrainiens ont bien endommagé le Mersin au Sénégal, cette opération s’étend bien au-delà de la mer Noire et de la Méditerranée, à plus de 5 000 kilomètres de Kiev.

L’Ukraine a précédemment mené des opérations contre des mercenaires russes au Soudan. Siebels estime que frapper si loin envoie un message : aucun navire transportant du pétrole russe n’est en sécurité. Germond se demande si la guerre n’est pas entrée dans une phase de conflit global, s’aventurant bien au-delà des frontières ukrainiennes ou même de l’Europe, jusque dans les eaux atlantiques africaines.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer