
Les tensions entre les États-Unis et le Venezuela ont atteint un niveau sans précédent ces derniers mois. Washington a intensifié ses actions : mise à prix de 50 millions de dollars pour Maduro, désignation du Cartel des soleils comme organisation terroriste, déploiement du plus grand porte-avions américain et opérations contre les trafiquants de drogue. Donald Trump a également reconnu publiquement que la CIA menait des opérations sur le territoire vénézuélien et a menacé de fermer l’espace aérien du pays.
Pour Carlos Malamud, chercheur principal à l’Institut royal Elcano, l’administration Trump considère désormais le Venezuela comme une question de sécurité nationale américaine. Ses objectifs sont multiples : envoyer un message de force, combattre le trafic de drogue et isoler l’axe formé par Cuba, le Nicaragua et le Venezuela. Cependant, Malamud souligne que la stratégie manque de cohérence et combine plutôt des impulsions, des intuitions et des pressions internes.
Selon Malamud, plusieurs moyens de pression restent plausibles sans invasion terrestre directe. Parmi ceux-ci figurent les bombardements ciblés, les opérations commando pour perturber le chavisme, le sabotage économique et diplomatique, ou les opérations secrètes de la CIA. Il avertit néanmoins que les risques d’une opération militaire dépassent ses avantages supposés. La grande question demeure : qui gouvernera le Venezuela si Maduro tombe?
Milos Alcalay, ancien vice-ministre vénézuélien des affaires étrangères, affirme que le régime Maduro vit un moment de nervosité due à un isolement international irréversible. L’Amérique latine a évolué vers un consensus démocratique contre Caracas, tandis que les pays des Caraïbes, directement affectés par le trafic de drogue et l’immigration clandestine, deviennent des acteurs actifs soutenant le déploiement américain dans la région.
Alcalay résume la crise par une métaphore éloquente : trois « pieds » soutiennent toute solution au Venezuela. Ces éléments sont la sécurité nationale des États-Unis, la survie du Madurismo et les exigences de l’opposition. Toute véritable négociation doit impliquer l’opposition authentique, pas seulement des discussions entre la Maison-Blanche et Miraflores. Trump, imprévisible, peut tendre la main un jour et lancer une action unilatérale le lendemain.
Alcalay reconnaît qu’un dialogue direct entre Trump et Maduro n’est pas à exclure, vu le style personnalisé du président américain. Toutefois, il avertit : ce ne peut être un simple échange entre les deux dirigeants. La véritable opposition, représentée par Corina Machado et Edmundo González, doit être présente à la table des négociations pour assurer une transition légitime.
La société vénézuélaine vit dans un climat d’illusion et de peur. Les citoyens désirent le changement mais redoutent les représailles immédiates. Le déploiement militaire américain accentue cette incertitude, car toute erreur de calcul pourrait dégénérer en conflit armé. Le régime bolivarien ressent cette pression croissante et comprend que toute aventure militaire serait suicidaire face à un tel déploiement.
L’opposition vénézuélienne demeure affaiblie et fragmentée, avec de nombreux dirigeants cachés ou en exil. Pour Malamud, elle est « largement absente », ce qui compliquerait sérieusement toute transition ordonnée en cas d’effondrement soudain du gouvernement. Cette faiblesse rend la période suivante le véritable défi à relever.
Même si Trump atteindrait certains objectifs et forçait Maduro à partir, qui gouvernera le Venezuela après? Malamud soulève des questions critiques : qui garantira l’ordre, qui finançera la reconstruction, quelle sera la position des militaires? Une amnistie sera-t-elle accordée? Le lendemain représente le grand problème de cette crise.
À l’intérieur du régime lui-même, certains savent que ce cycle touche à sa fin, mais refusent de l’admettre publiquement. La réaction erratique du gouvernement révèle le poids de cet isolement international croissant. L’escalade continue et aucune des deux parties ne semble vouloir reculer, transformant l’incertitude en une dynamique dangereuse sans issue apparente.



