Le constat est sans appel : en matière de crimes violents ou d’actes terroristes, la France met nettement plus de temps à juger et condamner les auteurs que la plupart de ses voisins européens. Alors que l’Allemagne ou le Royaume-Uni rendent des verdicts en quelques mois à peine, il faut souvent attendre quatre à cinq ans pour que la justice française rende sa décision dans les affaires les plus graves.
Prenons quelques exemples récents. En Allemagne, l’auteur de l’attentat homophobe au couteau à Dresde en octobre 2020 a été condamné en mai 2021 : à peine sept mois de procédure. Au Royaume-Uni, Darren Osborne, auteur de l’attaque à la voiture-bélier de Finsbury Park en 2017, a été jugé et condamné en moins de huit mois.
En comparaison, en France, les grands procès se tiennent souvent plusieurs années après les faits. L’attentat de Nice (2020) a vu son procès commencer plus de deux ans après les faits. Dans d’autres cas — comme les meurtres ou attaques à l’arme blanche — les délais oscillent généralement entre 4 et 5 ans avant un jugement définitif.
Pourquoi un tel décalage ? D’abord, un manque de moyens humains : la France compte environ 11 magistrats pour 100 000 habitants, contre 25 en Allemagne. Le système judiciaire français est également marqué par une procédure inquisitoire, avec un juge d’instruction, ce qui alourdit les délais, contrairement aux systèmes accusatoires plus rapides du Royaume-Uni.
De plus, les juridictions françaises sont souvent engorgées, avec une accumulation de dossiers, des renvois fréquents, et une hiérarchie des priorités qui peut retarder certaines affaires, même graves.
Ce décalage pose une question de fond : la justice est-elle rendue à temps pour être efficace et perçue comme légitime ? Si la complexité de certains dossiers — notamment terroristes — peut justifier un travail approfondi, les écarts avec les autres pays européens montrent qu’il ne s’agit pas seulement d’un choix juridique, mais bien d’une incapacité à rendre une justice pénale rapide.
La France a entrepris récemment des réformes pour moderniser sa justice et renforcer les effectifs, mais les résultats tardent. Le ministère de la Justice a lancé le recrutement de magistrats et greffiers supplémentaires, mais selon les professionnels du secteur, les effets ne se feront sentir qu’à long terme.



