France

Le vol spectaculaire de la Joconde au Louvre en plein jour, comment ce chef-d’œuvre de Léonard de Vinci a disparu ?

Aliou Sembène

Le Louvre sans la Joconde serait-il le même musée ? Cette question aurait pu se poser concrètement en 1911, lorsque le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci a disparu en plein jour. Le tableau est resté introuvable pendant deux ans avant de réapparaître à Florence. Ce vol a transformé la Joconde en icône mondiale, bien au-delà de sa célébrité antérieure.

Le mardi 22 août 1911, le peintre Louis Béroud découvre l’absence du tableau dans le Salon carré. Les gardiens pensent d’abord qu’il a été décroché pour la photographie. Après vérification, cette hypothèse s’écroule. Une fouille minutieuse du musée révèle le cadre et la vitre de protection abandonnés dans un escalier de service. Le chef-d’œuvre a bel et bien été volé.

Bien que la sécurité du musée ait été renforcée peu avant l’incident, avec éclairage nocturne et surveillance accrue, des faiblesses subsistaient. L’enquête prend immédiatement une dimension nationale. Les journaux titrent à l’unisson sur le vol spectaculaire. Les policiers découvrent une empreinte digitale précise sur la vitre protectrice, mais cette piste s’avère rapidement inutile. Les premiers éléments d’enquête patiètement disparaissent dans les impasses successives.

L’atmosphère devient délétère. Les journaux d’extrême droite attribuent le vol à des complots imaginaires. La paranoïa gagne : toute personne vue avec un paquet devient suspecte. Le 7 septembre, la police arrête le poète Guillaume Apollinaire en raison de ses contacts avec Géry Pieret, qui avait autrefois volé des objets au Louvre. Picasso est également interrogé. Tous deux sont rapidement innocentés. Les enquêteurs restent persuadés qu’un gang organisé est responsable, mais chaque piste aboutit à une impasse.

En février 1912, le portrait de Baldassare Castiglione par Raphaël remplace définitivement la Joconde au Louvre. Le tableau semble perdu à jamais. En novembre 1913, un marchand d’art florentin reçoit une proposition étrange : un homme souhaite vendre le chef-d’œuvre disparu. Cet individu justifie son geste par le patriotisme, affirmant vouloir restituer l’œuvre à l’Italie.

Le marchand accepte tout en alertant le directeur du musée des Offices. Lors de la rencontre convenue, le mystérieux vendeur est interpellé par les carabiniers. La caisse qu’il porte contient effectivement la Joconde, en parfait état. Le voleur se révèle être Vincenzo Peruggia, un ouvrier italien travaillant comme peintre et miroitier à Paris.

Peruggia avait participé à l’installation de la vitre protectrice sur le tableau et connaissait donc précisément les fixations. Il profite d’une porte laissée ouverte pour s’infiltrer le matin même. Le tableau dissimulé sous sa blouse, il sort sans difficulté. Intimidé par le retentissement médiatique de son vol, Peruggia conserve l’œuvre cachée chez lui pendant dix-huit mois, la protégeant soigneusement. Le voyage en troisième classe n’occasionne que deux légères égratignures.

Jugé en Italie, Peruggia reçoit une sentence clemente : un an d’emprisonnement réduit à sept mois. Ses avocats invoquent le patriotisme et la naïveté. La Joconde est exposée plusieurs semaines en Italie avant de regagner Paris le 1er janvier 1914, marquant la fin d’une affaire devenue légendaire.

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