
La Birmanie organise dimanche 27 décembre son premier scrutin législatif depuis le coup d’État militaire de 2021. Malgré une guerre civile active, la junte dirigée par Min Aung Hlaing impose ce processus électoral dans 265 des 330 cantons du pays. Le vote se déroule en trois phases : les zones urbaines majeures ce dimanche, puis d’autres territoires le 11 janvier, et certaines régions contestées le 25 janvier.
À Rangoun, la capitale économique, une apparente tranquillité masque une tension palpable. La semaine électorale a déjà connu deux attentats à la bombe ayant tué deux personnes. Les habitants expriment leur crainte discrètement, craignant les représailles. Nombreux sont ceux qui ne peuvent voter, notamment les réfugiés fuyant les combats intenses dans les régions ethniques contrôlées par des groupes rebelles.
Sur le terrain, le scepticisme domine largement. Un commerçant confie que personne autour de lui ne souhaite participer au scrutin. Dans les lieux publics comme la pagode de Botahtaung, les habitants refusent poliment d’en discuter. Plus de 200 personnes ont déjà été arrêtées en vertu de la loi de protection électorale. En septembre, trois jeunes ont reçu des condamnations de 42 à 49 ans de prison pour avoir affiché leur opposition.
La Ligue nationale pour la démocratie, grande gagnante des élections libres de 2020, n’est pas présente au scrutin. Ses dirigeants, dont Aung San Suu Kyi, sont emprisonnés. Cinquante-sept partis présentent des candidats, mais seuls six participent dans tous les scrutins. L’USDP, affilié à la junte, demeure largement favorite. L’armée contrôle déjà constitutionnellement un quart des sièges, et son bras électoral n’a besoin que de 26 pour cent des voix pour conserver le pouvoir.
Les observateurs électoraux dénoncent un simulacre démocratique. L’armée agit simultanément comme arbitre et participant au processus. Des soupçons de fraude massive persistent, notamment concernant les votes anticipés que les partis d’opposition n’avaient pas le droit d’observer en 2010. Dans les quartiers commerçants, certains découvrent des anomalies dans les listes électorales : des personnes décédées depuis longtemps y restent inscrites, tandis que des citoyens vivants ne s’y trouvent pas.



