Sciences

Comment une plante parvient à imiter l’odeur des fourmis blessées afin d’attirer efficacement les pollinisateurs ?

Romain Mazzotti

Certaines plantes ont développé des stratégies de tromperie pour attirer leurs pollinisateurs sans offrir de récompense. Les arums imitent l’odeur de viande putréfiée pour leurrer les mouches, tandis que des orchidées reproduisent l’apparence et les phéromones d’abeilles femelles. Une nouvelle stratégie a été découverte au Japon en 2024 : une espèce de dompte-venin reproduit le signal chimique des fourmis blessées pour attirer des pollinisateurs.

Ko Mochizuki, botaniste à l’université de Tokyo, a identifié cette plante, Vincetoxicum nakaianum de la famille des Apocynacées. Elle imite l’odeur émise par des fourmis japonica attaquées par des araignées. Ce signal chimique attire des mouches chloropides, appelées cleptomyophiles car elles se nourrissent d’insectes blessés. En pollinisant la fleur, ces mouches contribuent à la reproduction de la plante. Selon le chercheur, c’est le premier cas documenté de mimétrie d’odeur de fourmis attaquées.

La découverte s’est faite par hasard au jardin botanique de Koishikawa. Mochizuki a observé des mouches se rassemblant autour des fleurs de cette espèce. En reconnaissant les mouches chloropides, il s’est demandé quel signal les attirait. Après recherches dans la littérature scientifique et les réseaux sociaux, il a découvert de nombreux témoignages de mouches cleptomyophiles visitant des fourmis attaquées par des araignées.

L’analyse chimique a révélé que les fleurs libèrent cinq composés volatils similaires aux phéromones des fourmis. En testant chaque substance individuellement, le botaniste a identifié deux éléments essentiels : l’acétate de décyle et le salicylate de méthyle. Cependant, seule leur combinaison s’avère attractive pour les mouches. Les insectes sont attirés par les fourmis vivantes blessées, non par les fourmis mortes, confirmant qu’ils se nourrissent de leurs fluides corporels.

Mochizuki envisage que ce mécanisme ne soit pas isolé. Il prévoit d’étudier d’autres espèces de Vincetoxicum et des plantes non apparentées pour vérifier l’existence d’autres cas similaires de mimétrie chimique animale. Cette découverte élargit notre compréhension des stratégies de pollinisation et des interactions complexes entre plantes et insectes dans les écosystèmes.

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