
La statue du roi Taharqa, pharaon noir ayant régné sur l’Égypte, la Nubie et les terres jusqu’à la Palestine entre 690 et 664 avant notre ère, demeure seule dans le Musée national du Soudan. Trop massive pour être volée, elle témoigne silencieusement du pillage. Ses trois mètres et sept tonnes de granit noir l’ont maintenue sur place tandis que les Forces de soutien rapide dévalisaient les collections inestimables du musée lors de leur occupation de Khartoum.
Les dégâts découverts en mars 2025, après la reprise de la capitale, ont choqué les premiers visiteurs autorisés. Artefacts éparpillés et débris de guerre jonchaient les sols du musée. Jamal Mohammed Zein, employé depuis plus de trente ans, a découvert cette désolation en revenant sur les lieux. Le bâtiment avait servi de position stratégique aux combattants, offrant aux tireurs embusqués une vue dominante sur le quartier disputé d’El-Mugran.
Situé en 1971 sur les rives du Nil Bleu, près du palais présidentiel, l’établissement conservait environ cent mille artefacts précieux. Des œuvres couvrant tous les périodes historiques du Soudan. Ces collections remontaient de l’époque préhistorique jusqu’à la période islamique, englobant l’ère chrétienne, la civilisation nubienne et notamment le royaume de Koush, constructeur des pyramides soudanaises.
Pendant presque deux années, les Forces de soutien rapide ont occupé le site au cœur des combats. Le musée s’est transformé en position militaire stratégique. Cette occupation s’est déroulée dans l’un des quartiers ayant connu les affrontements les plus intenses pour le contrôle de la capitale.
Le retrait des troupes a révélé l’ampleur des destructions. Le patrimoine soudanais, trésor millénaire, porte les cicatrices du conflit. Les pertes représentent bien plus qu’une simple disparition de biens matériels, constituant une tentative d’effacer la mémoire collective d’une civilisation ancienne.



